Dans l’alimentation du porc, chaque détail compte. Vous avez sans doute déjà remarqué que deux aliments formulés avec des céréales différentes ne donnent pas toujours les mêmes résultats. La raison est simple. Chaque céréale réagit différemment à la granulation>, et cette réaction modifie directement l’énergie réellement disponible pour l’animal. Comprendre ces variations permet d’ajuster finement vos formules et d’améliorer l’efficacité de vos élevages.
Pourquoi la granulation change l’énergie disponible
Dans les régimes pour porcs, la majorité de l’énergie vient de l’amidon des céréales. Pendant la granulation, chaleur et pression modifient la structure de l’amidon ainsi que celle des protéines. Ces composants deviennent alors plus faciles à digérer. Mais si la température monte trop haut, la digestibilité peut diminuer. Tout dépend donc du type de céréale, car leurs amidons n’ont pas la même structure.
Des recherches récentes montrent que le bonus énergétique lié à la granulation varie fortement : + 5,2 % pour le maïs, + 3,6 % pour le blé et + 1,7 % pour l’orge. Ces écarts expliquent pourquoi une même technologie ne produit pas les mêmes effets sur chaque matière première.
Pourquoi raisonner en « énergie nette granulé »
Si vous utilisez encore les valeurs « farine » pour formuler, vous passez à côté d’une information essentielle. La granulation modifie l’énergie réellement valorisée par le porc. En se basant sur les valeurs « granulé », vous tenez compte de cette évolution et vous exploitez mieux le potentiel de chaque céréale.
L’essai mené par l’Ifip à Romillé illustre parfaitement cette réalité.
Trois aliments granulés comparés en conditions d’élevage
Dans cet essai, trois stratégies biphase ont été testées. Chaque aliment contenait une céréale principale différente : blé, orge ou maïs. La formulation a été réalisée avec les valeurs « farine » des matières premières.
- Énergie nette « farine » : 9,9 MJ/kg pour les aliments maïs.
- 9,4 MJ/kg pour les aliments blé et orge.
- Température de granulation : 62 °C en sortie de conditionneur.
En intégrant le bonus de granulation, les valeurs évoluent ainsi :
- Blé : 9,65 MJ/kg
- Orge : 9,54 MJ/kg
- Maïs : 10,32 MJ/kg
Les porcs, mâles entiers et femelles, recevaient les aliments à volonté avec un changement de phase à 70 kg.
Quand les valeurs « granulé » expliquent mieux les performances
Si vous calculez l’indice de consommation (IC) uniquement avec les kilos d’aliment, le maïs semble le plus performant : 2,45 contre 2,60 pour l’orge et 2,53 pour le blé. Mais si vous raisonnez en énergie nette réellement ingérée, l’image change.
L’IC énergétique « granulé » (ICEN) donne :
- Blé : 24,7 MJ/kg
- Orge : 24,7 MJ/kg
- Maïs : 25,6 MJ/kg
Ces valeurs sont cohérentes avec les caractéristiques de carcasses observées.
- Épaisseur G3 : 12,7 mm pour blé et orge, 14,0 mm pour maïs.
- Épaisseur G4 : 22,4 mm pour blé et orge, 23,9 mm pour maïs.
Des performances de croissance proches, malgré des aliments différents
Entre 30 et 120 kg, les porcs nourris au blé ont consommé un peu moins (2,62 kg/j) que ceux recevant l’orge, probablement grâce au bonus énergétique légèrement supérieur du blé.
On aurait pu penser que le maïs, plus riche en énergie, réduirait encore l’ingéré. Pourtant, les porcs en ont consommé 2,68 kg/j, comme avec l’orge. Cela s’explique par la présence de mâles entiers dont l’appétit est naturellement limité. Pour eux, un aliment plus concentré permet d’ingérer davantage d’énergie et donc d’améliorer un peu la croissance.
La vitesse de croissance confirme cet effet :
- Maïs : 1 072 g/j
- Blé et orge : 1 026 g/j
Un autre facteur possible est l’effet de la granulation sur l’appétence. Des travaux espagnols montrent que, après extrusion, la préférence des porcs augmente davantage pour le maïs que pour le blé ou l’orge, en lien avec la quantité d’amidon digestible.
Ce qu’il faut retenir
La réaction des céréales à la granulation n’est jamais la même. Le maïs bénéficie du bonus le plus élevé, suivi du blé puis de l’orge. En vous appuyant sur les valeurs énergie nette « granulé », vous obtenez une vision plus juste de l’énergie réellement utilisée par vos animaux. Et vous améliorez ainsi la cohérence entre formulation, performances et qualités de carcasses.
En d’autres termes : la technologie modifie la valeur des céréales, mais pas de la même façon pour chacune. En tenir compte fait toute la différence.




